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2005-06-27>>>Travail numérique

Quelques bases pour Photoshop (toutes versions).

Histogrammes, niveaux, courbes et couches alpha : l'emploi irréfléchi de ces fonctions de base entraine souvent un travail peu rigoureux et difficilement exploitable à long terme. Quelques méthodes et éclairages sur le fonctionnement du moteur du programe phare d'Adobe. Que ce soit pour la retouche photographique ou pour la création graphique pure, approfondir les bases ne peut pas faire de mal !

Pour plus de commodité, une version pdf de cet article est disponible au téléchargement ici. A l'origine, ce tutorial a été écrit pour la section Photo Numérique du forum d'Hardware.fr. Cependant, tout ce qui est écrit ici est aussi valable pour ce qui n'est pas de la retouche photographique.

Je vais tenter de décrire ici comment appréhender la base de photoshop, son fonctionnement par couches, et l'équilibrage d'une image par les actions sur ces couches. On suppose ici qu'on travaille en RGB. C'est dans ce mode que sortent les fichiers des appareils numériques, et dans ce mode qu'elles sont tirées sur papier lorsqu'elles sont envoyées sur une tireuse. C'est aussi dans ce mode que notre écran travaille, quelque soit le format de fichier sur lequel on se base.

RGB pour Red Green Blue, ou RVB, Rouge Vert Bleu en français. Ce sont les trois couleurs primaires en synthèse additive (on mélange trois sources de lumières colorées pour obtenir une couleur résultante) Dans un fichier rgb, chaque pixel est décrit par ses trois composantes primaires.

Pour plus de simplicité, on va dans ce tutorial parler d'images en 32 bits, qui permettent d'utiliser 2^32 couleurs, soit un peu plus de 16 millions. Une image RVB 32 bits est donc composée de trois couches de couleurs primaires, et chacune de ces couches (qui correspondent aux couches alpha dans photoshop) accepte 256 niveaux différents. Les 16 millions de couleurs possibles correspondent aux 256 niveaux de bleus possibles mélangés aux 256 niveaux de vert et 256 niveaux de rouges possibles.

Comment est représentée une couche alpha sous Photoshop ?

Si on imagine notre image de base constituée de tous ses pixels, et qu'à chaque pixel on ne garde que la valeur d'une composante colorée, on se retrouve avec une série de valeurs comprises entre 0 et 255, le 0 étant l'absence de cette composante colorée dans la couleur résultante du pixel, et 255 sa plus forte saturation.
En assignant au 0 le noir, au 255 le blanc, et à toutes les valeurs intermédiaires les gris situés entre le noir et le blanc, on obtient trois " images " en 256 niveaux de gris chacune, illustrant la répartition des trois couleurs primaires sur les pixels de l'image de base.

Il est important de comprendre que tout le moteur de Photoshop, (dès les premières versions) est basé, sur des opérations sur ces couches de manière transparente ou non pour l'utilisateur. La compréhension de ce fonctionnement permet de ne pas procéder par tâtonnement pour l'équilibrage chromatique et la retouche d'image. Il permet en outre de travailler de manière rigoureuse et poussée, et de produire des fichiers les plus " propres " possibles en vue de l'affichage ou de l'impression.

Travaillez le plus possible de manière non destructive.

Utilisez des calques de réglages (et non le passage par le menu image/réglage qui effectue une modification définitive sur les pixels du calque). Les calques de réglages permettent de revenir sur une modification apportée à l'image ; les valeurs colorimétriques de chaque pixel sont recalculées en fonction des pixels de départ et de l'ensemble des calques de réglages ; cela permet de ne pas cumuler d'approximations qui s'avèrent désastreuses pour la qualité de l'image après l'ensemble des retouches. N'oubliez pas qu'une image peut apparaître différemment sur un nouvel écran, ou sur une nouvelle imprimante, et qu'une simple modification de niveaux sans effet sur les pixels originaux évite de réduire à chaque fois la qualité du fichier.

Passons à l'équilibrage d'une image, provenant par exemple d'un appareil numérique.

Une petite note au sujet des images provenant de négatifs ou dias scannées : la plupart des logiciels de scanners permettent de faire des réglages de courbes et niveaux ; il est important de faire la plus grosse partie de ces modifications via le logiciel du scanner et non sous photoshop, dans le but d'avoir un fichier de base le plus riche possible d'informations et le plus homogène au niveau colorimétrique : moins l'histogramme du fichier final est haché, plus les transitions des couleurs seront harmonieuses sur le tirage, et moins l'image donnera l'impression d'être passée à la moulinette ! (C'est d'ailleurs l'objet d'un autre article sur ce site).

1 : image numérisée avec préréglages sur le logiciel de scan : la gamme colorimétrique de l'image s'étends sur toutes les couleurs affichables.

2 : image numérisée sans préréglages : la gamme colorimétrique est réduite ; une correction des niveaux est nécessaire.

3 : image 2 avec retouche des niveaux sous photoshop : la gamme colorimétrique est désormais étendue, mais les informations étant à la base insuffisantes, l'histogramme est haché, les transitions des couleurs sont plus grossières. Un tel fichier rendra mal à l'impression et supportera peu la retouche.

Qu'est ce que c'est qu'un histogramme ?

C'est la représentation graphique de la répartition de valeurs d'une couche. (Valeurs chromatiques, valeurs de luminosité etc. en fonction du type de fichier traité).

L'analyse de l'histogramme d'une image est primordiale avant toute retouche.
La palette histogramme de Photoshop peut afficher, outre l'histogramme global rvb, les histogrammes de chaque couche.

Un écran correctement calibré est capable d'afficher une gamme de gris s'étendant du noir le plus pur (0-0-0 dans ses composantes rvb) au blanc pur (255-255-255) en passant par toutes les nuances de gris intermédiaires. Si vous ne distinguez pas à l'écran une différence entre du noir 0-0-0 et du gris 5-5-5, il est mal étalonné, et une image correctement équilibrée vous apparaîtra bouchée car les détails dans les zones sombres apparaîtront uniformément noirs.

Pour une imprimante, c'est pareil. Mais...

En pratique, des tests avec chaque type de papiers s'imposent pour pouvoir imaginer à l'avance comment l'image qui apparaît à l'écran sortira sur le papier. (Ainsi, certaines imprimantes ayant tendance à boucher les noirs, on sera amené à compresser la gamme colorimétrique de l'image pour ne pas avoir de zones bouchées et de zones brûlées). D'autre part, la gamme des couleurs qu'on peut obtenir en synthèse soustractive, par mélange de pigments de couleurs primaire (le mode CMJN) ne permet pas de transcrire la totalité de la gamme rvb. (La tendance actuelle étant d'ajouter des cartouches de couleurs secondaires, vertes, orange, gris quadri, noir mat etc. pour étendre la gamme des couleurs imprimables). D'autre part, le meilleur papier photo n'encaissera pas la moitié des écarts de luminosité que supportera un négatif... Mais reprenons notre fichier rvb.

Que nous apprend l'histogramme d'une image ?

4 : image correctement équilibrée : la courbe décrit une cloche, et s'étends sur toute la gamme.

5 : La majorité des pixels sont dans des valeurs inférieures à la médiane : l'image est à dominante sombre.

6 : La majorité des pixels sont dans des valeurs supérieures à la médiane : l'image est à dominante claire.

7 : image à dominante claire contenant des zones brûlées : beaucoup de pixels sont totalement blancs.

8 : image à dominante foncée contenant des zones bouchées : beaucoup de pixels sont totalement noirs, les détails des zones sombres ne seront pas perceptibles.

9 : image faiblement contrastée : bien que toute la plage soit utilisée, la majeure partie de l'image reste dans des valeurs de luminosité moyenne.

10 : image fortement contrastée.

Attention : le but n'est pas de faire que chaque image épouse une courbe idéale et couvre toutes la gamme des couleurs affichables ou imprimables : une photo de forêt dans le brouillard peut tout à fait avoir un gris moyen comme ton le plus clair, une vue de nuit peut tout à fait avoir une grande zone (le ciel) en noir pur, ça ne choquera personne, au contraire.
Le propos ici est juste de se dire "comment est-ce que je veux que mon image sorte ? et quels outils je dois utiliser, en fonction de son histogramme, pour l'amener dans la gamme chromatique que je vise ?"

Les niveaux.

Le premier outil pour stabiliser une image, c'est le calque de réglages " niveaux ". D'ailleurs, on y retrouve nos fameux histogrammes.

Quand je déplace mon curseur noir et mon curseur blanc, c'est comme si je disais 'mon point le plus noir est à 86, c'est-à-dire que ce qui était gris fonçé devient totalement noir ; tout ce qui était en dessous de 86 devient noir ; mon point le plus clair est à 168 : tout ce qui est au-dessus de 168 devient blanc. Et la gamme qui était auparavant comprise entre 68 et 168 est maintenant étirée dans la gamme 0-255 "

Le curseur gris, c'est le gamma : en le faisant bouger, je redéfinis la tonalité médiane de mon image. Tout ce qui est à sa gauche s'étendra dans la gamme 0-127, et tout ce qui est à sa droite s'étendra dans la gamme 128-255. En le faisant bouger, je fais passer une zone plus grande ou plus petite dans les tons foncés et les tons clairs, SANS toucher à mon ton le plus foncé et mon ton le plus clair : mon image pourra prendre une dominante foncée ou clair sans devenir bouchée ou brûlée.

Vous remarquerez que j'ai fait ces réglages de niveaux en laissant la couche RVB sélectionnée : c'est-à-dire que les modifications effectuées sont reportées de la même manière sur les trois couches, et qu'ainsi je n'aurai pas de glissement colorimétrique des teintes de mon image.
Cependant, une couche peut s'étendre de 70 à 255, et une autre de 2 à 210 ; et des simples opérations sur la couche RVB ne serait pas suffisantes pour stabiliser totalement l'image.

Ainsi, si ma balance des blancs est mauvaise, si mon image a une dominante colorée, il est indispensable de régler couche par couche les niveaux. En sachant qu'une modification sur une couche colorée va faire glisser la plage tonale de mon image ; il faut donc contrôler à l'?il, avec le curseur gris, pour chaque couche, que l'image ne prend pas de dominante. (Pour les réglages colorimétriques, un environnement de travail neutre et une lumière stable sont recommandés afin que l'?il ne soit pas influencé par ce qui l'entoure).

Un outil intéressant pour se rendre compte de la façon dont est organisée l'image est le calque seuil ; cet outil fait passer tout ce qui est en dessous d'un certain niveau en noir, et tout ce qui est au-dessus en blanc. Ainsi, quand mon curseur est à 255, les zones blanches que je vois correspondent aux zones brûlées de l'image ; et quand mon curseur est à 0, les zones noires correspondent aux zones bouchées. Quelques pixels bouchées ou brûlés ne sont en aucun cas gênants : du vrai noir et du vrai blanc dans l'image donnent à l'?il une agréable sensation de contraste ; il faut juste que ce ces zones ne soient pas étendues, car elles traduiraient une absence de détails.

Toutes les modifications que nous opérons grâce aux niveaux sont linéaires : je compresse ou j'étends la totalité de la gamme d'une couche.

Les courbes

Il y a souvent besoin de corrections plus subtiles : si je veux récupérer du détail dans les ombres mais que le ciel de mon paysage me convient, par exemple.

C'est là qu'il faut utiliser les courbes.

Une courbe est la représentation graphique d'une correction non linéaire. L'axe des abscisses représente l'ensemble des niveaux de notre image de base, l'axe des ordonnées, les niveaux de l'image résultante.

14 : Par défaut, la courbe est une droite à 45° : chaque ton d'entrée devient le même ton à la sortie.

Prenons quelques exemples de courbes et analysons les résultats obtenus

15 : Mon blanc pur à la base devient du gris. L'image perds en contraste, sa gamme colorimétrique est compressée.

16 : Tous les tons supérieurs à 190 passent au blanc : la gamme 0-190 devient 0-255 ; elle est étirée, je gagne en contraste.

17 : je fais passer la gamme 35 - 227 en 0-255 : cette opération (comme pour les deux précédentes) est similaire à ce que je pourrai faire avec les niveaux.

18 : un peu comme pour le gamma avec les niveaux (sauf que le point que je déplace n'est pas forcément ma médiane) je fais varier la luminosité générale de mon image. On constate que la courbe passe en dessous de ma droite initiale à 45° : cela signifie que chaque ton de départ aura pour résultant un ton plus foncé.

19...et vice-versa quand mon point fait passer la courbe au-dessus de ma droite initiale.

20 : mon ciel est clair, je ne veux pas y toucher ; mon bâtiment est trop sombre. A l'aide de points judicieusement placés ( :o), je fais conserver à la droite son caractère linéaire dans les zones claires (mes tons d'entrée auront des résultantes similaires) tandis qu'un bossage dans la zone des tons foncés va les faire monter dans des tons plus clairs.
On remarque que j'ai mis un point en (127-127) : cela signifie que tous mes tons inférieurs à la médiane sur mon image initiale resteront dans une gamme 0-127 dans mon image résultante (127-255 pour mes tons clairs). Ainsi, mon image résultante n'aura pas subi de modification générale de luminosité.

21 : comme pour l'outil niveaux, je peux ajuster finement chaque couche afin d'équilibrer colorimétriquement des zones précises de mon image, de manière non linéaire cette fois-ci.

Avec un peu d'entraînement, on arrive facilement à imaginer quelle forme doit avoir la courbe pour arriver à la correction que l'on souhaite. Mais pour cela, l'analyse préalable de la répartition de l'histogramme de l'image est indispensable.

30 : Une courbe linéaire inversée produit un négatif.

31 : Une courbe en zigzag produit un effet de solarisation.

32 : On peut dessiner ses courbes à la main avec l'outil crayon. Ici, toute la gamme des valeurs de rouge est compressée dans 3 valeurs distinctes et séparées. (Effet de posterisation, d'isohélie)

N'oubliez pas que plus le fichier est propre à la base, plus il contient d'informations, meilleur sera le tirage.

Les plus grosses retouches cosmétiques (recadrage, suppression d'éléments perturbateurs au tampon etc) sont à faire de préférence avant les opérations d'équilibrage colorimétrique, tout simplement parce qu'elles modifient l'histogramme de l'image. Contrôlez après les réglages que des coups de tampons qu'on ne pouvait pas distinguer sur l'image de base sont toujours invisibles : l'augmentation des contrastes peut les faire ressortir de façon frappante.

ANNEXE 1 : les couches.

Le fonctionnement par couches de photoshop va bien au-delà de ça. Ainsi, une sélection progressive est représentée graphiquement par une couche de 256 niveaux de gris, correspondants chacun à un % de sélection plus ou moins intense.
De même, un masque de fusion est la représentation du % d'application d'un calque de réglage sur un calque contenant l'image de base pour chacun de ses pixels. Le pixel résultant est le résultat d'une moyenne pondérée (par la "force" du gris du masque) entre la couleur du pixel de base, et la couleur du pixel avec l'application totale du réglage.

22 : corrections colorimétriques et tonales appliquées à la totalité et à une zone partielle de l'image.

ANNEXE 2 : alternative aux tons clairs/tons foncés

Sous Photoshop CS, la fonction " tons clairs/tons foncés " n'existe pas sous la forme de calque de réglage ; les modifications qu'elle entraîne sont donc destructives. Voici une alternative permettant d'arriver aux mêmes résultats, en laissant l'opportunité de revenir en arrière de manière non destructive.

23 : J'ouvre mon image, je duplique le calque de fond.

24 : j'ajoute un calque de réglage "seuil" ; avec le curseur je choisis une valeur qui me permet de délimiter correctement les zones claires des zones fonçées.

25 : Je fusionne le calque de seuil avec la copie de l'arrière-plan

26 : Contrôl-clic sur ce calque pour sélectionner son contenu, contrôl C pour copier le contenu de cette sélection ; dans ma palette couche, j'en crée une nouvelle, et contrôl V pour coller dessus mon contenu.

Cette couche va nous servir de sélection pour opérer des réglages de niveaux et de courbes.

27 : contrôl clic sur la couche pour en faire une sélection. Ensuite, classiquement, j'ajoute un calque de réglage et de niveau dont les opérations s'appliqueront sur la zone voulue (en fait, un masque de fusion s'associera automatiquement au calque de réglage)

28 : contrôl shift I pour intervertir la sélection ; cette fois-ci, ce seront les tons fonçés qui vont subir les modifications. Un coup de contour progressif rendra la transition entre les deux zones moins visible. Ou sinon, on ajoute sur le masque de fusion un flou gaussien. On peut aussi peindre au pinceau sur le masque pour les retouches les plus fines.

29 : Outre la modification du rapport entre zones sombres et zones claires, comme ce qui était faisable avec la fonction tons clairs/tons fonçés, on peut aussi en profiter pour faire des retouches tonales localisées.

Pour conclure.

Une infinité de méthodes de sélection sont disponibles sous photoshop : sélection par plage de couleurs, par masque vectoriel, par extraction (le filtre extraire est particulièrement puissant pour récupérer cheveux, brins d'herbe et autres éléments impossibles à détourer à la main). Cumulez-les en fonction de vos besoins, et associez-les à la puissance des couches pour travailler de manière rigoureuse et non destructive :-)

Ce sujet est amené à être complété ; il est très possible que j'aie laissé passer des choses erronées, n'hésitez pas à faire les remarques qui s'imposent.
Pour les graphistes qui ont étudiés la problématique de l'impression plus en détail que moi, je suis preneur de leur expérience.

Contact

Arthur Aulin - contact@arthuraulin.com